Voici ta mère, - Les sept paroles du Christ en croix (Livre de vie, p.60-61), par Cardinal Charles Journet
Voici ta mère
Près de la croix de Jésus se tenaient debout sa Mère et quelques femmes. (...)
Cette présence, pour tous deux, est à la fois indiciblement, inextricablement douceur et douleur.
Pour elle, plutôt que d'en être écartée, elle veut voir jusqu'au bout le supplice de son Fils,
Attendrissant le sacrifice
Par sa vaste compassion,
Mais cette vue lui déchire davantage le coeur.
Pour lui, de savoir sa souffrance rédemptrice, à ce moment-là, comprise et ressentie par sa Mère, plus intensément qu'elle ne le sera jamais par aucune créature au cours des âges, c'est un baume, mais ensemble une nouvelle torture.
Celui qui aime, quand il découvre l'écho de sa propre souffrance dans un être aimé, sent se déchirer de nouvelles régions de son coeur.
Près de la croix, les femmes se tenaient debout.
A quoi songeront les artistes qui, dès le Quattrocento, représenteront la Vierge défaillante au pied de la croix ? Stabant autem juxta crucem Jesus... Ce n'est pas une créature évanouie que Jésus voit de la croix. C'est sa Mère, brisée sans doute d'une manière inénarrable, mais prête à porter, unie à lui, tout le poids de co-souffrance qui lui est réservé :
Stabat Mater dolorosa
Juxta crucem lacrimosa
Dum pendebat Filius.
La parole, sans doute pleine d'amour qu'il lui adresse, a pour effet, non pas de relever ses forces chancelantes, mais de l'introduire, à cet instant solennel, au coeur même du drame de la rédemption du monde.
Cardinal Charles Journet -
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