S'identifier à Dieu, - Vers la Ressemblance (p.52-53), par Denys le Chartreux
Les créatures douées de raison sont faites à l'image et à la ressemblance de leur Créateur. Aussi trouveront-elles leur transformation et leur progrès, leur perfection, leur fin, leur béatitude et leur gloire en une étroite assimilation et une parfaite union à leur Origine et Salut, comme l'atteste l'Apocalypse : Je suis l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin (Ap XXII,13).
C'est cette assimilation, ce bonheur participé, cette conversion qui ramènent un esprit créé vers sa source, vers Dieu lui-même, Dieu au-dessus de toute louange.
Tels sont en lui les opérations et émanations de son intelligence et volonté : la compréhension totale de la Vérité divine et incréée, l'amour éternel et parfait de la souveraine Bonté divine, la génération par le Père du Verbe éternel, le jaillissement de l'Amour qui procède de l'un et de l'autre, la joie suprême et infinie en ses opérations. En conséquence, plus l'esprit créé se conforme à son Auteur en Ses propres actes, plus il se corrige, progresse, se perfectionne, plus il se tourne vers son Dieu, se transforme, lui devient semblable et s'unit à lui, au point de s'absorber presque totalement en Lui. Il s'approche ainsi de la béatitude à venir, et en éprouve un avant-goût très suave ; si bien que son expérience et son désir le font s'exclamer avec joie et reconnaissance : Qu'ils sont grands, Seigneur, tes bienfaits ! (Ps XXX,20)
Contempler ainsi la Vérité est véritablement un acte du don de Sagesse, sagesse salutaire, surnaturelle, infuse, qui nous fait connaître Dieu par l'amour de charité, une connaissance et un amour comme goûtés de l'intérieur. Ce don, premier en dignité, est l'un des sept dons de l'Esprit. Aimer de la sorte la bonté divine est un acte de charité ; plus notre intellect se perfectionne et croît en cette sagesse, et plus notre volonté devient également parfaite en charité : nous devenons aptes alors à être réellement assimilés à Dieu. De même plus nous contemplons avec sincérité et amour le bien suprême, Dieu un et trine, et l'aimons avec ferveur et sagesse, plus nous sommes de fait conformes à lui. Divinisés de la sorte, nous serons d'autant plus élevés dans les Cieux lors de l'éternelle béatitude.
Le Père éternel, qui se connaît parfaitement en sa pleine lumière, engendre au-dedans de lui le Verbe, expression de lui-même. Le Père et le Verbe, Fils unique du Père, s'aimant l'un l'autre d'une dilection infinie, produisent un amour incréé, éternel et jaillissant : l'Esprit Saint, Amour du Père pour le Fils et Amour du Fils pour le Père, parce qu'il n'y a en eux qu'une seule volonté de laquelle procède cet amour. Ainsi cette volonté commune du Père et du Fils fait-elle d'eux la cause unique du jaillissement de l'Esprit Saint.
Denys le Chartreux -
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