Le témoignage suprême de l'amour, - Maître, où demeurez-vous ? (p.213-214), par Dom Augustin Guillerand
Où et comment Jésus a-t-il prononcé le discours appelé discours après la Cène ? L'a-t-il prononcé tout entier, ou en partie seulement, au Cénacle ? L'a-t-il prononcé entièrement - ou en partie - avant d'instituer l'Eucharistie... ou tout entier après ? Les évangélistes n'ont pas voulu nous renseigner sur ces détails... et, puisqu'ils ne l'ont pas fait, c'est que ces renseignements ne nous sont pas nécessaires. Notre souci actuel de savoir, nos exigences de raison en souffrent... mais en quoi notre vie d'âme en peut-elle être atteinte ? Pour eux, seule cette vie compte ; et il faut les lire dans cet esprit.
La Pâque est proche ; c'est la fête du passage. (Pascha, c'est-à-dire passage.) Pour Jésus, elle vérifiera pleinement son nom... et il le sait : " Avant le jour de la Pâque, sachant que l'heure est venue pour lui de passer de ce monde à son Père... ". Au lieu de détails historiques, saint Jean nous dit l'âme du divin Maître, cette âme qu'il a tant aimée et tant pénétrée... surtout en ces heures suprêmes. Une seule pensée occupe Jésus : le retour à son Père.
La Passion est toute proche : il est peut-être huit heures du soir, et l'agonie commencera entre neuf heures et minuit. Il le sait également ; il en parlera à plusieurs reprises... mais son regard d'âme ne s'y arrête pas. La Passion est un accident du chemin ; lui, regarde le terme. Le terme c'est son Père, le principe d'où il est sorti, où il va rentrer : c'est là sa demeure éternelle et sa vie. " Je suis sorti du Père et venu dans le monde, dira-t-il à la fin, et de nouveau je laisse le monde et je vais au Père " (Jn XVI, 28). Voilà ce qu'il voit, ce qui l'occupe en ce moment. Ses paroles doivent être lues, méditées dans cet esprit et cette lumière : en face de ce terme ; on ne les comprend, on ne les vit surtout qu'à cette condition ; or il faut les lire pour les vivre... et on ne les comprend que si on les vit !
" Dieu est amour ; qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu en lui " (I Jn IV, 16). Jésus n'a jamais quitté cette demeure ; il ne le peut même pas. Mais le monde l'a quitté et il est venu le chercher pour qu'il y rentre avec lui. Jésus à ce moment songe à cela : " Sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin ".
Dom Augustin Guillerand -
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