« Vous avez honte, mon ami, de servir le bon
Dieu, par crainte d’être méprisé ? Mais, mon ami, regardez donc Celui qui est
mort sur cette croix ; demandez-lui donc s’il a eu honte d’être méprisé, et de
mourir de la manière la plus Honteuse sur cette croix infâme. Ah ! Ingrats que
nous sommes envers Dieu, qui semble trouver sa gloire à faire publier de siècle
en siècle qu’il nous choisit pour ses enfants. O mon Dieu ! Que l’homme est
aveugle et méprisable de craindre un misérable qu’en-dira-t-on, et de ne pas
craindre d’offenser un Dieu si bon. (…) Oh ! Maudit respect humain, que tu
entraînes d’âmes en enfer ! (…)
Mais, me
direz-vous, quand est-ce que nous agissons par respect humain ? Mon ami, écoutez-moi
bien. C’est un jour que vous étiez à la foire, ou dans une auberge où l’on mangeait
de la viande un jour défendu et que l’un vous pria d’en manger ; que, vous contentant
de baisser les yeux et de rougir, au lieu de dire que vous étiez chrétien, que
votre religion vous le défendait, vous en mangeâtes comme les autres, en disant
: Si je ne fais pas comme les autres, on se moquera de moi. - On vous raillera,
mon ami. Ah! Certes, c’est bien dommage !
- Eh ! me
direz-vous, je ferai bien plus de mal, en étant la cause de toutes les mauvaises
raisons que l’on dira contre la religion, que j’en ferais en mangeant de la
viande.-
Dites-moi, mon ami, vous ferez plus de
mal ? Si les martyrs avaient craint tous ces blasphèmes, tous ces jurements,
alors ils auraient donc tous renoncé à leur religion ? C’est tant pis pour ceux
qui font mal. Hélas ! Mon frère, disons mieux : ce n’est pas assez que les
autres malheureux aient crucifié Jésus-Christ par leur mauvaise vie ; il faut
encore vous unir à eux pour faire souffrir Jésus-Christ davantage ? Vous
craignez d’être raillé ? Ah ! Malheureux, regardez Jésus-Christ sur la croix,
et vous verrez ce qu’il a fait pour vous.
Vous ne savez pas
quand vous avez renié Jésus-Christ ? C’est un jour qu’étant avec deux ou trois
personnes, il semblait que vous n’aviez point de mains, ou que vous ne saviez
pas faire le signe de la croix, et que vous regardiez si l’on avait les yeux
sur vous, et que vous vous êtes contenté de dire votre Benedicite ou vos grâces
dans votre cœur, ou bien que vous allâtes dans un coin pour les dire. C’est
lorsque, passant vers une croix, vous fîtes semblant, de ne pas la voir, ou
bien vous disiez que ce n’est pas pour nous que le bon Dieu est mort.
Vous ne savez pas
quand vous avez eu du respect humain ? C’est un jour, que, vous trouvant dans
une société, où l’on disait de sales paroles contre la sainte vertu de pureté,
ou contre la religion, vous n’osâtes pas reprendre ces personnes, et bien plus,
dans la crainte que l’on vous raille, vous en avez souri.
- Mais, me
direz-vous, l’on est bien forcé, sans quoi l’on serait trop souvent raillé. -
Vous craignez, mon ami, d’être raillé ? Ce fut bien aussi cette crainte qui
porta saint Pierre à renier son divin Maître ; mais cela n’empêcha pas qu’il
commit un gros péché qu’il pleura toute sa vie.
Vous ne savez pas quand vous avez eu du respect humain ? C’est un jour que le bon Dieu vous donna la pensée d’aller vous confesser, vous sentiez que vous en aviez bien besoin, mais vous pensâtes que l’on se moquerait de vous, que l’on vous traiterait de dévot. C’est une fois que vous aviez la pensée d’aller à la sainte Messe dans la semaine, et que vous pouviez y aller ; vous avez dit en vous-même que l’on se moquerait de vous et que l’on dirait : C’est bon pour ceux qui n’ont rien à faire, qui ont de quoi vivre de leurs rentes. »
Saint Jean-Marie Vianney - Dans le même thême
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