Ne pas mépriser les petites choses, - Lettres spirituelles (Mission du Japon), par Saint François-Xavier
Quant à ceux qui se croient quelque chose et comptent sur eux plus que de juste raison, qui méprisent les petites choses dans lesquelles ils ne sont pas longuement exercés à se vaincre pour progresser, ceux-là sont plus faibles encore que les pusillanimes ; car ils n’ont pas le courage dans les grands dangers et épreuves de mener à terme ce qu’ils ont commencé, pas plus dans les petites choses que dans les grandes.
Ensuite, ils ressentent une telle répugnance intérieure et une telle honte à s’y exercer, qu’ils courent grand danger de se perdre et de vivre dans le découragement. Ils ne comprennent pas que c’est d’eux que viennent les défaillances, ils les attribuent à la croix du Christ, disant qu’il est bien dur de la porter longtemps. O mes Frères, qu’en sera-t-il de nous à l’heure de la mort, si, pendant notre vie, nous ne nous préparons pas et ne disposons pas à la science de l’espoir et de la confiance en Dieu ? Car, à ce moment-là, nous nous trouverons en de plus grandes tentations, souffrances et épreuves que jamais, aussi bien pour l’esprit que pour le corps. C’est pourquoi ceux qui vivent avec le désir de servir Dieu, doivent travailler à s’humilier beaucoup dans les petites choses, se défier toujours d’eux-mêmes, s’établir et se fonder profondément en Dieu. Car, qu’on le sache bien : dans les grands dangers et épreuves, pendant la vie comme à l’heure de la mort, on ne saura mettre toute son espérance en la souveraine bonté et miséricorde du Créateur, que dans la mesure où on se sera exercé à vaincre tentations et répugnances, si petites soient-elles, se défiant de soi-même en toute humilité, et se réconfortant le cœur par une grande confiance en Dieu. Nul n’est faible, quand il fait bon usage de la grâce que lui donne Dieu Notre-Seigneur.
Et quelque nombreux que soient les obstacles opposés par l’ennemi à la persévérance dans la vertu et dans la perfection, on court, au milieu du monde, plus de dangers en se défiant de Dieu dans les grandes tribulations où on se trouvera, qu’en endurant les épreuves suscitées par Satan. Cette crainte que les hommes ont du démon au milieu des tentations, frayeurs et menaces qu’il fait surgir sur leur route pour les troubler dans le service de Dieu, s’ils savaient la convertir en crainte de leur Créateur et le laisser agir, intimement convaincus qu’il leur viendra plus de souffrances à cesser d’agir avec Dieu qu’il ne leur en peut venir de la part du démon, dans quelle consolation ils vivraient ! Quel profit spirituel ne feraient-ils pas apprenant par expérience le peu qu’ils valent ; et voyant clairement d’autre part quelle est leur force lorsqu’ils se jettent entièrement dans les bras de Dieu ! Dans quelle confusion et impuissance resterait le démon en se voyant vaincu par ceux dont il fut un jour le vainqueur !
Saint François-Xavier -
Dans le même thême