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La souffrance, par saint Alphonse de Ligori

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Caritas patiens est. La charité est patiente. Ici-bas, il faut mériter ; c’est pour cela qu’il faut souffrir. La patrie où Dieu nous prépare le repos dans la joie éternelle est le paradis. Job le constatait déjà : « Nous passons peu de temps sur la terre et ce peu de temps est rempli de tribulations et de misères. » (Job XIV,1). La souffrance est inévitable pour tous, justes ou pécheurs : chacun a sa croix. Qui la porte avec patience est sauvé, qui la subit avec impatience est perdu. « Les mêmes afflictions, dit saint Augustin, conduisent les uns au ciel, les autres en enfer. » - « Dans l’Eglise de Dieu, poursuit-il, la douleur est le crible qui sépare la paille du bon grain. » Bon grain pour le ciel, celui qui dans les tribulations s’humilie et se résigne à la volonté de Dieu ; paille pour l’enfer, celui qui, par orgueil et par dépit, abandonne Dieu.
Le jour où sera jugée l’affaire de notre salut éternel, pour avoir droit à l’heureuse sentence des prédestinés, notre vie devra se trouver conforme à la vie de Jésus-Christ. Or, Jésus-Christ est venu sur la terre dans le but de nous apprendre à porter avec patience les croix que Dieu nous envoie. « Le Christ a souffert pour vous, dit saint Pierre, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces. » (I Petr. II,21). Il souffrit donc pour nous encourager à souffrir. Grand Dieu ! que fut la vie de Jésus-Christ ! Humiliations et tourments ! Le prophète appela notre Rédempteur : « l’homme voué aux mépris, traité comme le dernier et le plus vil de tous, l’homme des douleurs. » (Is. LIII,3). Labeurs et souffrances formèrent la trame de son existence terrestre.
(…) Notre Seigneur dit un jour à sainte Thérèse : « Crois-le, ma fille, ceux-là reçoivent de mon Père de plus grande souffrances qui sont le plus aimés de lui. » En conséquence, lorsque la sainte se voyait assaillie de tracas et de peines, elle ne les aurait pas échangés, disait-elle contre tout l’or du monde. Elle apparut après sa mort à l’une de ses religieuses et lui révéla que, dans le ciel, son incomparable bonheur était moins la récompense de ses bonnes œuvres que de son amoureuse acceptation des épreuves de la vie. Elle ajouta que si quelque chose pouvait lui faire désirer de revenir sur terre, ce serait de pouvoir encore souffrir pour Dieu.
(…) Quand il arrivait à saint François d’Assise de passer une journée sans rencontrer quelque croix, il n’était pas loin de craindre que Dieu l’eût oublié. D’après saint Jean Chrysostome, lorsque Dieu nous soumet à l’épreuve, il nous accorde une faveur plus signalée que ne le serait de ressusciter les morts. En effet, le don des miracles rend l’homme débiteur de Dieu, tandis que la souffrance rend Dieu débiteur de l’homme. « Et, ajoutait-il, celui qui souffre quelque chose pour Dieu, devrait, même en l’absence de toute faveur, s’estimer assez récompensé de pouvoir souffrir pour ce Dieu qu’il aime. » Aussi, estimait-il plus grand le bonheur de saint Paul d’avoir été chargé de chaînes pour Jésus-Christ que d’avoir été ravi au troisième ciel.

saint Alphonse de Ligori - Dans le même thême


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