Le renoncement, par Jean Daujat, Vivre le Christianisme
Il n’y a aucun autre remède possible que de rompre, de briser tous ces attachements, c’est-à-dire le renoncement par lequel nous nous détachons de tout ce qui n’est pas Dieu. Et parce qu’il suffit d’un seul attachement à quoi que ce soit, si léger qu’il soit, pour empêcher notre cœur d’être tout entier à Dieu par amour, il faut ne tolérer absolument aucun attachement, les supprimer tous sans aucune exception, donc parvenir au renoncement total. Saint Jean de la Croix fait remarquer que si la patte d’un oiseau est attachée, que ce soit par un léger fil ou par un câble, il ne pourra pas s’envoler tant que le lien n’aura pas été rompu : c’est donc de tout biens quels qu’ils soient, qu’il faut se libérer, afin que Dieu seul soit tout pour nous. "Quand un homme en est venu à ne chercher sa consolation en aucune créature, c’est alors qu’il commence à goûter Dieu parfaitement et qu’il est, quoi qu’il arrive, toujours satisfait. Alors il se réjouit d’aucune prospérité et aucun revers ne le contriste, mais il s’abandonne tout entier avec une pleine confiance à Dieu qui lui est tout en toutes choses" (Imitation de Jésus Christ liv. 1, chap. XXV).
Evidemment il faut d’abord renoncer aux choses mauvaises, au péché qui nous détournent de la charité, mais pour la perfection de la charité il faut aussi renoncer aux choses bonnes et légitimes puisque le renoncement doit être total. Même à l’attachement à ce que nous faisons de bon pour Dieu ou à ce que nous usons pour Dieu, à une pratique de piété, à une forme de prière ou de pénitence, à un bon guide spirituel, à une bonne œuvre d’apostolat ou de bienfaisance, à une église ou une chapelle, à une statue ou une image pieuse, à un livre de piété, nous empêche de n’être attachés qu’à Dieu seul et constitue une entrave à la perfection : il faut renoncer absolument à tout, y compris aux moyens qui nous servent pour aller à Dieu, mais ne sont pas Dieu Lui-même, si c’est à Dieu Lui-même que nous voulons appartenir totalement par amour. La pureté d’un cœur uniquement à Dieu est au prix d’un renoncement qui ne tolère aucune exception.
Jean Daujat, Vivre le Christianisme -
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