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La conversion de saint Augustin... et la nôtre, - topo Missio, par père Jean-Baptiste, CRMD

Père Jean-Baptiste, CRMD
Topo Missio 8 mars 2009



La CONVERSION de saint Augustin ... et la nôtre


La conversion de saint Augustin va bouleverser l'histoire de l'Occident, en offrant à Dieu et à son Eglise un saint dont l'influence intellectuelle et spirituelle n'a guère d'équivalent.
Tout en saint Augustin nous fascine : la puissance de son intelligence, le charme de son éloquence, l'ardeur et la violence même de son amour.
Son itinéraire vers Dieu est connu'. Il passa par beaucoup de détours : une liaison qui dura seize ans avec une femme dont il eut un fils, l'égarement dans une secte qui le retint neuf ans, l'ambition d'un jeune professeur qui rêvait de réussite, l'influence de sa mère, sainte Monique, de saint Ambroise, l'évêque de Milan. Cet itinéraire, Augustin le décrira lui-même dix ans plus tard, en 397, dans ses Confessions, le livre spirituel le plus lu, après la Bible, jusqu'au XVIe siècle dans le monde entier (Le « best seller » qui lui succédera sera l'Imitation de Jésus-Christ, due à un fils spirituel de saint Augustin, le chanoine régulier Thomas A Kempis). "Jamais sans doute un écrivain n'a su faire écho avec une si grande sensibilité au débat de l'homme qui s'affronte au but de sa vie. Le jeu de la liberté et de la grâce, dans le secret d'une existence, voilà tout le ressort de la conversion et aussi la grande interrogation humaine, le drame de toute vie. "

Evoquant précisément la conversion de saint Augustin dans un sermon de 2007, le Pape Benoît XVI affirmait "qu'il n'est pas possible d'expliciter ici combien tout cela nous concerne" (Benoît XVI, homélie du 22 avril 2007). Et c'est pourquoi la conversion de saint Augustin nous met en face de la nôtre, en face de nos contradictions, lenteurs, refus peut-être.
Au cours du Jubilé des Artistes en l'an 2000, Jean-Paul II pointa lentement le doigt sur Gérard Depardieu et lui dit seulement : "Saint Augustin !" On sait combien l'acteur stupéfait s'est alors plongé dans les Confessions et avec quel talent et quelle émotion il les déclame depuis. Anecdote significative. La conversion d'Augustin, aujourd'hui comme hier, encourage la nôtre.


1. LA CONVERSION D'AUGUSTIN, DON DE DIEU ET ACTE LIBRE

"La Foi est un don de Dieu" (Catéchisme de l'Eglise Catholique, 153)
Autrement dit, il s'agit d'un cadeau gratuit qu'il nous fait. La foi n'est pas le simple résultat d'un processus intellectuel, d'une certitude philosophique ou scientifique. Augustin remarque que : "C'est le Seigneur qui tire le mort du tombeau, c'est Lui qui touche le cœur"(Saint Augustin, Sermon 295). C'est avant tout ce don de Dieu que nous allons décrire.
Mais, comme toute histoire d'amour, la conversion suppose une réponse de la part de l'homme. "Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs." (Psaume 95, 7) "Croire est un acte de l'intelligence, (pas de la sensibilité !) adhérant à la vérité divine, sous le commandement de la volonté, mue par Dieu, au moyen de la grâce » (Saint Thomas d'Aquin, Somme de théologie, II II q.2 à 9, cité par CEC, 155).
Cette conversion de saint Augustin se réalise en plusieurs étapes.

Tout commence chez Augustin en 372 (il a dix-sept ans) par une « conversion du désir », une conversion des sentiments, conversion à la philosophie au cours de laquelle ce jeune homme bouillonnant et prodigieusement intelligent est captivé non plus seulement par les plaisirs et les honneurs, mais par la beauté, la vérité, la sagesse. Il ne comprend pas encore que la Vérité n'est pas une idée mais une Personne, le Christ. Mais la sagesse enflamme déjà son cœur en 372, et pour Augustin, il s'agit vraiment d'un premier déclic. Le Seigneur voulait cette première étape, première conversion, la conversion du désir.
Quatorze ans plus tard, arrivera un deuxième déclic : une « conversion de l'intelligence » où, à la lecture des philosophes néoplatoniciens, Augustin comprend deux choses -je ne vous les dis pas tout de suite - qui feront enfin sauter un verrou, lui permettront de comprendre mieux certaines vérités. Il ne découvre pas encore le Christ et l'Eglise comme voie de salut mais cette conversion de l'intelligence le fait rentrer en lui-même. Nous sommes au début de l'année 386.
Et il faut qu'après cette conversion des sentiments et cette conversion de l'intelligence s'opère une troisième conversion : celle de la volonté. Nous sommes au mois d'août 386, et c'est la troisième étape qui va déboucher quelques mois plus tard sur son baptême en la vigile pascale 387 dont nous parlions tout à l'heure.


2. SAINT AUGUSTIN RACONTE SA CONVERSION

Augustin naît en 354 à Thagaste, en Afrique du Nord, dans l'actuelle Algérie.
Très vite, la passion de la chair et l'ambition dévorante qui prendront possession de ce cœur d'adolescent. "Où étais-je, Seigneur, et dans quel lointain exil des délices de votre maison à cette seizième année de l'âge de ma chair qui prit alors le sceptre sur moi, esclave volontaire livré sans réserve à la frénésie de cette passion" (Confessions, II, 2,4). Il faut bien que nous ayons tous conscience de l'aveuglement terrible que l'impureté produit sur l'intelligence.
"Les ronces de la sensualité s'élevèrent au-dessus de ma tête."(I, 3, 6.) "J'aimais les beautés inférieures, et je descendais vers l'abîme"(IV, 13, 20.). Ma "débile jeunesse emportée à travers les précipices des passions, était plongée dans un abîme de vices. "(II, 2, 2.) "Je cherchais sur quoi porter mon amour, dans mon amour de l'amour. "(III, l, 1.) "Je cohabitais avec une femme que je n'avais point épousée en mariage légitime. Je n'avais qu'elle et lui gardais fidélité. "( IV, 2, 2.) Cette première liaison durera seize années (371-387).

Comme tant de nos jeunes d'aujourd'hui, Augustin est donc trompé par deux équations mensongères : amour = impureté = plaisir et religion = pureté = frustration, alors que l'impureté est un égoïsme (le poison de l'amour) et que la pureté est un don de soi qui permet l'amour, lequel ouvre sur le bonheur.
"Je différais de jour en jour de vivre en Toi. Je croyais que je serais trop malheureux si j'étais privé des embrasements d'une femme. "(VI, II, 20.) "Car la volonté fait la passion, l'asservissement à la passion fait la coutume, le défaut de résistance à la coutume fait la nécessité et ces nœuds d'iniquité étaient comme les anneaux de cette chaîne dont m'enlaçait le plus dur esclavage "(VIII, 5, 10)
Dans quelques mois, Augustin découvrira avec éblouissement les joies profondes et l'épanouissement de tout l'être que procure la chasteté consacrée par amour de Dieu. "Cette joie connue de vos serviteurs qui vous aiment, c'est vous Seigneur. Et voilà la vie heureuse : se réjouir en vous, de vous et pour vous ; la voilà, II n 'en est point d'autre. La placer ailleurs, c'est poursuivre une autre joie que la véritable. "(X, 22, 32.)
Mais... "De dix-neuf à vingt-huit ans, je demeurai dans cet esclavage (...) jouet de l'orgueil (...) et épris du vide de la gloire populaire. "(IV, I, 1)

Mais déjà Carthage ne suffit pas à son ambition. Il part enseigner à Rome en 383. Encore déçu, il obtint un an plus tard le poste prestigieux de rhéteur officiel à la cour impériale de Milan. C'est pratiquement le summum que pouvait souhaiter alors un jeune homme. Nous ne savons plus trop en 2009 ce que représente la rhétorique dans l'Antiquité, mais il faut bien concevoir qu'un professeur de rhétorique formait tous les cadres de l'Empire et pouvait briguer très facilement les charges administratives les plus hautes. Autrement dit, un professeur de rhétorique, en 384, c'est un peu un professeur de Polytechnique ou de l'ENA, et un futur Préfet ou ministre. Augustin arrive à Milan en 384. Il a trente ans. Son avenir semble tout tracé. Dieu va le bouleverser. Hélas pour l'instant : "Le poids de mon orgueil me précipitait dans l'abîme"(IV, XV, 27). L'orgueil et l'impureté étaient donc les deux derniers obstacles, les deux derniers verrous qu'il fallait faire sauter. "Adolescent bien misérable, je t'avais demandé la chasteté. J'avais dit donne-moi la chasteté, et même la continence, mais ne me la donne pas tout de suite"(VHI, VII, 17.) Vous imaginez combien les tentations reviennent à l'oreille d'Augustin, sans cesse, en ces moments de grand débat intérieur : "Elles me retenaient, ces bagatelles de bagatelles, ces vanités de vanités, mes vieilles amies ! A petits coups elles me tiraient par ma robe de chair, et murmuraient à mi-voix : 'Tu nous congédies ?' et 'dès ce moment, nous ne serons plus avec toi, plus jamais !' et 'dès ce moment, ne te sera plus permis ceci et cela, plus jamais !' Oh ! ce qu'elles suggéraient quand je dis 'ceci et cela' .' ce qu'elles suggéraient, mon Dieu ! Que ta miséricorde l'écarté de l'âme de ton serviteur ! Quelles ordures elles suggéraient ! Quelles ignominies !
"Je lâchai les rênes à mes larmes, et elles jaillirent à grands flots de mes yeux, sacrifice qui te fut agréable ; et -je ne garantis pas les termes mais c'est le sens -je le dis sans retenue : 'Et Toi, Seigneur, jusques à quand ? Jusques à quand, Seigneur, iras-tu au bout de ta colère ? Ne garde pas mémoire de nos vieilles iniquités.' De fait, je sentais que c'étaient elles qui me retenaient. Je jetais des cris pitoyables : 'Dans combien de temps ? Dans combien de temps ? Demain, toujours demain. Pourquoi pas tout de suite ? Pourquoi pas, sur l'heure, en finir avec mes turpitudes ?'
Je disais cela, et je pleurais dans la profonde amertume de mon cœur brisé. Et voici que j'entends une voix, venant d'une maison voisine ; on disait en chantant et l'on répétait fréquemment avec une voix comme celle d'un garçon ou d'une fille, je ne sais /'Prends, lis ! tolle, lege !' A l'instant, j'ai changé de visage et, l'esprit tendu, je me suis mis à rechercher si les enfants utilisaient d'habitude dans tel ou tel genre de jeu une ritournelle semblable ; non, aucun souvenir ne me revenait d'avoir entendu cela quelque part. J'ai refoulé l'assaut de mes larmes et me suis levé, ne voyant plus là qu'un ordre divin qui m'enjoignais d'ouvrir le livre, et de lire ce que je trouverais au premier chapitre venu." (...) "Aussi, en toute hâte, je revins à l'endroit où Alypius était assis ; oui, c'était là que j'avais posé le livre de l'Apôtre tout à l'heure, en me levant. Je le saisis, l'ouvris et lus en silence le premier chapitre où se jetèrent mes yeux : 'Non, pas de ripailles et de soûleries ; non, pas de coucheries et d'impudicités ; non, pas de disputes et de jalousies ; mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne vous faites pas les pourvoyeurs de la chair dans les convoitises. "(Rom. 13, 13-14.) Je ne voulus pas en lire plus, ce n 'était pas nécessaire.
»(VIII, XII, 28-29) "Le dernier verrou "avait sauté.


3. QUATRE LEÇONS DE LA CONVERSION DE SAINT AUGUSTIN

Après avoir écouté saint Augustin, tirons quelques leçons de sa conversion pour bien comprendre ce que nous pouvons en appliquer dans nos propres vies et dans celles de ceux qui nous entourent. En particulier, pour en tirer des leçons d'espérance pour ceux de vos amis, enfants, petits-enfants, neveux ou nièces, pour lesquels vous seriez un peu comme des sainte Monique, tiraillés dans les prières et les larmes, l'espoir et le découragement, à soupirer pour leur conversion.

La première leçon que nous donne la conversion d'Augustin est qu'elle est une histoire d'amour entre Dieu et l'âme. "Dieu nous a aimés le premier »( I Jean, 4, 19.) La conversion est toujours une réponse à cet amour". Il s'agit de sentiments. Il s'agit d'amour : l'impureté de notre esprit nous fait sombrer en bas par amour des soucis, et la sainteté de votre amour, Seigneur, nous relève en haut par amour de la sécurité, afin que nous tenions le cœur haut vers vous »( XII, VII, 8) Le Seigneur est d'une grande délicatesse envers les pécheurs que nous sommes délicatesse que nous devons nous-même avoir pour transmettre la foi et les merveilles de l'Evangile avec une grande charité, un grand amour.

Deuxième grande leçon: c'est l'importance des conditions extérieures pour que la grâce puisse pénétrer dans le cœur d'un homme ou d'une femme.
1. les témoins. S'il n'y avait pas eu Monique, Ambroise, Ponticianus, Victorinus ou les deux agents de l'empereur, s'il n'y avait pas eu ces grands modèles pour tirer Augustin vers le haut, pour lui montrer qu'il était beau, grand, sage de retrouver le Christ, il n'aurait probablement jamais fait le pas. D'où l'importance de parler de la vie des Saints, de la vie des convertis. La sainteté est concrète et possible. Soyons nous-même des témoins pour attirer à l'Evangile ceux qui nous entourent.
2. Le temps. Vous avez vu combien le Seigneur avait agi par plusieurs étapes. De 372 avec la lecture de l'ffortensius jusqu'au baptême en 387, se sont écoulées quinze années pendant lesquelles par toutes petites touches le Seigneur peut approcher le cœur d'Augustin qui était bétonné dans l'orgueil et l'impureté.
3. Les lectures. On ne se convertit pratiquement jamais sans bons livres. Lisons la vie des saints : c'est la Vie d'Antoine rédigée par saint Athanase, qui va embraser Augustin en août 386 ; soyons familier de la Sainte Ecriture : le choc ultime de notre histoire sera produit par les épîtres de saint Paul.
4. Les prières et des sacrifices. Alors n'hésitez pas à beaucoup prier et à offrir tous les sacrifices que vous pourrez pour ceux qui vous sont chers. "Le fils de tant de larmes ne saurait mourir". Rappelez-vous cette grande espérance que donne saint Ambroise à sainte Monique lorsque le découragement vous guette.

Troisième grande leçon de la conversion de saint Augustin : la nécessité de conditions intérieures.
1. Le mouvement général d'une conversion est toujours un retour au centre, un retour en soi-même, un retour à l'intime de soi pour y retrouver Dieu "plus intime à moi-même que moi-même et plus élevé que les cimes de moi-même"(111, VI, 11) D'où l'importance du silence pour retrouver Dieu et pour aider ceux qui nous sont chers à le découvrir.
2. L'importance de l'humilité également. On ne peut se convertir sans avoir accepté avec humilité la vérité de Dieu.
3. L'importance de la droiture de l'intelligence et ça, c'est parfois très difficile à obtenir à une âme. Il faut beaucoup d'honnêteté intellectuelle pour renoncer à son erreur quoi qu'il nous en coûte. Beaucoup préfèrent rester dans l'obscurité de l'erreur car la lumière de la vérité les dérange, les bouscule.
4. Et le courage enfin. C'est particulièrement important pour des adolescents. Le courage pour abandonner des plaisirs fugaces mais agréables, en particulier pour rompre la chaîne de l'impureté afin de mériter enfin le bonheur infini et éternel.

Quatrième et dernière leçon : le but de ce retour de l'âme vers Dieu est toujours le bonheur.
"La vie heureuse, n'est-ce pas cela que tous désirent et que personne au monde ne se refuse à désirer ? » (X, XX, 29) Mais tout ce qui n'est pas Dieu finit toujours par décevoir. "C'est vous Seigneur qui poussez l'homme à prendre plaisir à vous louer parce que vous nous avez fait orientés vers vous et que notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose pas en vous. »(1,1,1.)


- CONCLUSION -

Je vous souhaite donc cette inquiétude. Je vous souhaite cette tension pour progresser toujours vers le centre de votre âme et y rencontrer Dieu qui vous appelle et vous aime, pour y jouir dès ici-bas du bonheur de la paix de Dieu, prélude aux joies infinies du Paradis. Alors vous aurez vécu un peu l'aventure qu'Augustin résume dans une très belle prière :

Citation :
Je t'ai aimé tard, beauté si ancienne, beauté si nouvelle,
je t'ai aimée tard. Mais quoi ! ,
Tu étais où-dedans, moi au dehors de moi-même ;
et c'est au-dehors que je te cherchais ;
et je poursuivais de ma laideur la beauté de tes créatures.
Tu étais avec moi, et je n'étais pas avec toi ;
retenu loin de toi par tout ce qui, sans toi, ne serait que néant
Tu m'appelles, et voilà que ton cri force la surdité de mon oreille;
ta splendeur rayonne, elle chasse mon aveuglement ; ton parfum, je le respire, et voilà que je soupire pour toi ;
je t'ai goûté, et me voilà dévoré de faim et de soif; tu m'as touché, et je brûle du désir de ta paix(X, XXVII, 38)

père Jean-Baptiste, CRMD

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