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L'action silencieuse de la Providence, par Cardinal Newman

Comment, demandera-t-on peut-être, ce monde peut-il nous manifester la présence de Dieu ou nous conduire tout près de Lui ? Pourtant il en est ainsi certainement : en dépit de la malignité du monde, Dieu, après tout, est dans le monde et parle à travers le monde, quoique d’une manière silencieuse. Quand Il vint dans la chair, Il était dans le monde, et le monde a été fait par Lui, et le monde ne L’a pas connu. Il n’a été ni remuant ni bruyant, et Il n’a pas fait entendre sa voix dans les rues. Il en est de même maintenant. Il est toujours là ; il murmure toujours à nos oreilles ; Il nous fait toujours des signes. Mais sa voix est si faible et le monde si bruyant ; ses signes sont si discrets et le bruit du monde si fort qu’il est difficile de savoir quand il s’adresse à nous et ce qu’Il nous dit. Les gens religieux ne peuvent pas ne pas sentir, de diverses manières, que sa providence les guide et les bénit personnellement en somme. Et pourtant, lorsqu’ils essaient de mettre leur doigt sur les moments et les endroits, les traces de sa puissance disparaissent. Est-il quelqu’un ici par exemple qui n’ait été favorisé de réponses à ses prières, de telle façon qu’à ce moment-là il a senti qu’il ne pouvait plus désormais s’empêcher de croire ? Qui n’a constaté, au cours de sa vie, d’étranges coïncidences qui lui ont rendu sensible, de manière impressionnante, la main de Dieu ? Qui n’a senti germer au-dedans de lui, avec une sorte d’impulsion mystérieuse, des pensées opportunes pour l’avertir ou le diriger ? Peut-être même quelques personnes expérimentent-elles des choses plus étranges encore : peut-être d’étonnantes interventions de la providence se sont-elles fait jour parfois au moyen des rêves, et le Dieu tout-puissant est-il intervenu d’une autre manière plus inaccoutumée encore.

Au surplus, il est des choses qui se passent devant nos yeux et qui prennent à ce point le sens de types ou de présages des choses morales ou futures que l’esprit qui est en nous ne peut pas ne pas présumer et présager ce qui n’est pas dit d’après ce qu’il voit. Et souvent ces présages s’accomplissent remarquablement en fait. Qui plus est, les fortunes des hommes varient d’une manière bien singulière ; on dirait qu’une loi de succès et de prospérité en embrasse un certain nombre, et une loi contraire d’autres. Cela étant,. et devant l’étendue et le mystère du monde qui pèse sur nous, il nous est bien permis de commencer à penser qu’il n’y a rien ici-bas qui ne se relie à quelque chose d’autre que les événements qui, apparemment, n’ont rien à voir entre eux, peuvent avoir du rapport ; que les plus petits et les plus grands souvent peuvent faire partie d’un ensemble, qu’enfin Dieu peut nous enseigner et nous procurer la connaissance de ses voies dans les événements ordinaires de chaque jour, si seulement nous voulons nous donner la peine d’ouvrir les yeux.

Cardinal Newman

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