L’ENGAGEMENT
(Lundi matin)
Au retour de ce pèlerinage,
il faut que nous changions concrètement quelque chose dans notre vie. Ca ne
veut pas dire devenir parfait. De toute façon, ne nous faisons pas d’illusion,
nous retomberons très vite dans nos péchés préférés. Mais petit à petit nous
pouvons progresser, et le Bon Dieu nous a donné pendant ces trois jours les
grâces nécessaires pour prendre et tenir des résolutions. Ce qu’il faut, c’est
s’engager. C’est le seul moyen de ne pas perdre tous ces beaux fruits. Mais s’engager
concrètement, pour de vrai, cela demande de l’énergie et des sacrifices, c’est
sûr. Mère Theresa disait: « On
ne peut se décider à être un saint sans qu’il en coute beaucoup de
renonciations, de tentations, de persécutions, de soutes sortes de
sacrifices ». La couleur est annoncée, vous ne serez pas surpris. Mais
ça vaut le coup quand même !!
I.
Quatre traquenards contre l’engagement
1.
La paresse
Il va falloir
renoncer à certains loisirs, à un certain confort de vie peut-être, parce qu’il
faut libérer du temps dans les agendas. Parce que malheureusement, on ne peut
pas prendre sur le devoir d’état :
études, travail, famille. Donc il va falloir faire du tri dans les « temps
libres ». Le problème c’est qu’on a toujours beaucoup de mal à quitter
notre petit train-train, nos petites habitudes, notre tranquillité. Tout
simplement on est... PARESSEUX.
Oh ? Petit test ? Le matin quand
mon réveil sonne, qui se lève tout de suite, et qui commence par décaler la
sonnerie et prolonger le plus possible le temps sous la couette… ?
Le problème c’est que la paresse existe aussi
au niveau spirituel, et là c’est
beaucoup plus grave. Elle porte un nom terrible : c’est l’acédie, c’est à dire la tiédeur. Cette
paresse spirituelle dégoûte de tout, même de Dieu, car on ne peut aller à Lui
sans renoncement. L’âme éprouve de la tristesse vis-à-vis de Dieu, comme le
jeune homme de l’Evangile, qui est parti « tout triste ».
Voici comment le
Saint Curé d’Ars parlait de la tiédeur : «
Une âme tiède n’a plus qu’un amour sans tendresse, sans activité et sans force.
Elle voudrait agir, mais sa volonté est tellement molle qu’elle n’a ni la
force, ni le courage d’accomplir ses désirs. (…)Une personne tiède réfléchit
peu sur l’état de sa pauvre âme. Elle assiste à la sainte messe à peu près
comme à une action ordinaire. (…) Les confessions et les communions d’une âme
tiède ne sont pas sacrilèges mais ce sont des confessions et des communions
sans fruit, (…) Les âmes tièdes aiment à
faire le bien, mais elles voudraient qu’il ne leur en coûtât rien, ou du moins
bien peu. »
(Attention quand même
à ne pas confondre avec la sécheresse ou la dépression)
2.
L’inconstance
Cousine de la
paresse, l’inconstance consiste non pas à ne rien faire mais, au contraire, à
faire trop : ne faire que ce qui nous plaît, et passer d’une chose à l’autre
selon le goût du moment. L’âme inconstante se détourne d’un bien pour un autre
sous l’attrait du plaisir. On voit beaucoup de jeunes qui s’investissent dans
de multiples groupes, pour faire un apostolat « à la carte » : « ça me plaît,
j’y vais ; j’ai mieux en vue, je vais ailleurs ». Mais un apostolat authentique
n’est fécond que dans la durée et la fidélité.
Et ce genre
d’attitude pourrit doublement la vie : la notre, parce qu’on ne fait que
des choses à moitié, et celle des autres, qui n’ont que la moitié de ce qu’ils ont
demandé. Il n’y a rien de pire que les gens qui viennent une fois de temps en
temps, je vous assure !!!!
C’est sûr, « partout
où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie », et vous ne trouverez aucun groupe
parfait ni idéal, ça n’est pas la peine de chercher. Mais ça n’est pas pour
nous qu’on le fait, c’est pour le Bon Dieu.
3.
Le découragement
On peut être
généreux, s’engager sans crainte des sacrifices, et puis finalement baisser les
bras, tomber dans le découragement devant les difficultés. On peut se décourager
aussi à cause de l’échec apparent de notre action. C’est oublier que Dieu seul
est celui qui agit et porte du fruit à travers nous.
Il y en a même
beaucoup qui se découragent avant même de s’engager : la société c’est
tellement n’importe quoi, ça ne sert à rien de faire un effort pour évangéliser
les gens, de toute façon ils s’en fichent, etc. Trop facile.
Regardez l’attitude
des saints et des missionnaires qui ont évangélisé le monde pour de vrai! Peut-être
que le curé d’Ars pouvait se réjouir du succès de son ministère, mais d’autres
saints on goûté l’amertume d’un travail apparemment stérile. Mais Charles de
Foucauld, dans une vie d’une austérité et d’une piété exceptionnelles, n’a
accompli que... 2 conversions (dont un qui l’a trahi). Ni présomptueux, ni
pessimistes, les saints croyaient en la victoire promise et déjà réalisée par
le Christ : « Confiance, j’ai vaincu
le monde »[1].
4.
le manque d’estime de soi
C’est vivre « en dessous de ses moyens ». « Moi ?
M’engager ? Mais... je suis trop nul, je n’y arriverai jamais ! ». C’est un
manque de confiance naturel en soi-même, un mauvais jugement sur soi-même. Tout
est trop grand, trop difficile, alors qu’en réalité on en est capable. Pourtant, «
Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort »[2].
II.
Les Remèdes
Il est urgent de soigner ces maladies… on n’a plus le temps de
patienter. Le saint curé d’Ars disait : « Un chrétien doit être toujours prêt au combat .ce sont nos
combats qui nous obtiendront le ciel. Tous les soldats sont bons en garnison.
C’est sur le champ de bataille que l’on fait la différence entre les courageux
et les lâches. »
C’est maintenant, il faut être conséquent,
sinon on ne changera jamais. Il y a plusieurs remèdes indispensables :
- la prière : résolution de
prière quotidienne. Plongez, mettez-vous une bonne fois pour toutes à une
résolution fidèle CHAQUE JOUR.
- la vie de sacrements, qui
infuse en nous la grâce et nous donne cette force que nous n’avons pas par
nous-mêmes.
- la rééducation : il faut
du temps pour apprendre ou réapprendre à faire des efforts, des sacrifices ;
pour découvrir la joie de s’engager, de se donner à autrui.
Charles de Foucauld s’était donné cette
maxime : « Quand on part en disant qu’on
va faire une chose il ne faut pas revenir sans l’avoir faite ».
Exemple d’un chartreux…
Sainte Thérèse va plus loin : « Bien des âmes disent : mais je n’ai pas la
force d’accomplir tel sacrifice. Qu’elles fassent donc ce que j’ai fait : un
grand effort. Le bon Dieu ne refuse jamais la première grâce qui donne le
courage d’agir ; après cela le cœur se fortifie et l’on va de victoire en
victoire. »
En fait, tout simplement,
le vrai problème est que notre regard et notre amour sont tournés trop sur
nous-mêmes. Ce qu’il faut c’est apprendre ouvrir les yeux et le cœur sur Dieu. « Occupe-toi de Dieu, il s’occupera de
toi »…
Conclusion
Il faut que nous, les
jeunes, nous retrouvions le courage, le sens de l’effort, du beau, du bien, de
la piété et de la gratuité. Que nous ayons le courage de vivre différemment,
d’être des jeunes à fond ! Et non pas comme tous ces jeunes qui se
laissent vivre, qui ne font rien de grand. Mais c’est trop dommage de gâcher sa
jeunesse ! Vous connaissez cette phrase de Paul Claudel : « la
jeunesse n’est pas faite pour les plaisir, elle est faite pour l’héroïsme ».
C’est cela qui la comble, dilate le cœur et donne envie de vivre !
Bref, en clair, s’il n’y avait qu’une phrase à retenir, ce serait :
« L’essentiel, c’est le Ciel ».
Quand on a compris cela, on fonce, et bizarrement même sur la terre ça se passe
beaucoup mieux.
Donc !
Une résolution concrète, d’engagement concret, auquel on se tient. Engagement
dans la prière, dans les vertus, dans le don de soi. C’est l’occasion ou
jamais, un pèlerinage c’est une occasion magnifique.
Pie XII[3],
en janvier 1945 :
« Que
demande aujourd’hui la vie ? Des hommes, de vrais hommes, non pas de ceux qui
ne songent qu’à se divertir et à s’amuser, des hommes qui n’aient pas peur de
marcher sur les âpres sentiers, des hommes qui aient horreur de la médiocrité
et visent à cette perfection qu’exige de tous l’œuvre de la reconstruction. (…) Et l’Eglise, elle, que demande-t-elle ? Des
Catholiques, de vrais catholiques bien trempés et forts. Le temps actuel a donc
bien besoin de catholiques qui soient solidement enracinés dans la foi, de
Catholiques, qui le regard fixé sur l’idéal des vertus chrétiennes, de la
pureté de la sainteté, et conscients des sacrifices qu’elles réclament, tendent
de toutes leurs forces vers cet idéal, dans leur vie quotidienne, toujours
droits, toujours fermes, sans que les tentations ou les séductions puissent
faire plier. »
Missio
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