La Messe et explication du rite
'EXTRAORDINAIRE'
par l'abbé J.-M. Robinne
" Le sacrifice de la Messe est substantiellement
le même que le sacrifice de la croix en ce que dans l’un et l’autre, Jésus
Christ est à la fois le prêtre et la victime ; il en diffère cependant par la
manière dont il est offert. Sur la croix Jésus Christ s’est offert en répandant
son sang et en méritant pour nous ; tandis que sur les autels, Il se sacrifie
sans effusion de sang et nous applique les fruits de sa Passion et de sa mort.
"
St Pie X
Le saint Sacrifice de la messe est donc le
renouvellement non sanglant du sacrifice de la croix. Il faut par conséquent
que la liturgie exprime cela, il faut qu’en assistant à la messe les fidèles
comprennent cela. C’est pour cette raison que la liturgie catholique joint
paroles et gestes. Si le prêtre désigne les offrandes par des signes de croix,
nous dit saint Thomas d’Aquin, c’est "pour évoquer la Passion du Christ
qui a eu la croix pour terme " Somme IIIa pars, Q.85, art.5, ad 3.
La messe dite de saint Pie V en est une excellente
expression pour différentes raisons : par son origine, par ce qu’elle dit, et
par ce qu’elle montre.
1. L’origine.
Contrairement
à ce que l’on pourrait penser, la messe de saint Pie V n’est pas de saint Pie
V. Ce pape, dans le prolongement du Concile de Trente, n’a fait que codifier ce
qui existait déjà. On peut par exemple noter que l’ensemble du canon remonte au
Vème siècle, et qu’il n’a pas été modifié depuis lors (seuls 26 mots ont été
changés). Quant au reste de la messe, il existe pratiquement dans la forme
sanctionnée par saint Pie V dès le pontificat de saint Grégoire (540-604). Il
n’y eut après ce pape que quelques modifications qui ne constituèrent pas de
véritables évolutions. On peut cependant noter que l’offertoire n’aura sa forme
définitive qu’au XIVème siècle et que le rite vénérable de l’élévation ne se
répandit de façon commune qu’après les attaques de Bérenger de Tours (998-1088)
contre la présence réelle. Mais comme on peut le remarquer, il s’agit
d’enrichissements et non pas d’évolutions.
C’est ce qui fait dire au concile de Trente : "
Comme il convient que les choses saintes soient administrées saintement, et comme
ce sacrifice est la chose sainte par excellence, afin qu’il fut offert et reçu
avec dignité et respect, l’Eglise catholique a institué depuis de longs siècles
le saint canon. Il est tellement pur de toute erreur qu’il ne contient rien qui
ne respire le parfum de la plus grande sainteté et piété et qui n’élève à Dieu
l’âme de ceux qui offrent le sacrifice. En effet il est formé des paroles mêmes
du Seigneur, des traditions des apôtres et des pieuses institutions des saints
pontifes. " Concile de Trente (Session 22° ch.4)
Enfin les rites (comme le rite dominicain ou
cartusien) qui avaient une existence de plus de 200 ans furent maintenus.
La messe dite de saint Pie V est donc de par son
origine l’expression de la piété et de la sainteté de l’Eglise. Par ses saints
auteurs la messe traditionnelle est le fruit de la tradition apostolique et de
la contemplation du mystère de l’eucharistie par les saints des premiers
siècles.
2. Ce qu’elle dit.
La liturgie
catholique nous dit la théologie de la messe, bien sûr il ne faut pas voir dans
la messe un cours de théologie, mais la doctrine se trouve exprimée dans les
différentes prières. On retrouve ainsi clairement exprimées les quatre fins du
saint sacrifice : Adoration, action de grâce, propitiation(cad offrande), demande.
Il est
normal que les prières de la messe soient orientées vers l’adoration, parce que
l’homme en tant que créature doit d’abord reconnaître sa totale dépendance
vis-à-vis de Dieu, et que c’est là la fin première du sacrifice. Ensuite toutes
les oraisons sont orientées vers les demandes de grâces ainsi que différentes
prières de l’offertoire et du canon, la première étant que Dieu daigne accepter
ce sacrifice. Les prières de l’offertoire montrent bien le caractère
propitiatoire de l’offrande qui est faite ; Jésus Christ immolé pour nos
fautes, afin que la Rédemption s’accomplisse. Le saint sacrifice de la messe en
tant que renouvellement non sanglant du saint sacrifice de la croix est orienté
vers l’aspect propitiatoire qui est explicité par l’offertoire traditionnel. De
plus le prêtre parlant en son nom propre avant d’entrer dans la grande prière
eucharistique et sacrificielle implore le pardon de ses fautes, et il insiste
opportunément sur le caractère sacrificiel de l’offrande qu’il va faire in
persona et virtute Christi. Dom Tirot dans l’histoire des prières
d’offertoire dans la liturgie romaine du VII au XVI siècle à la page 135
déclare qu’avec la suppression des prières de l’offertoire dans le missel de
1970 nous subissons une perte inestimable.
Et enfin l’action de grâce. Cette action de grâce se retrouve après la
consécration et surtout après la communion. Il est naturel après avoir demandé
et reçu de remercier.
3. Ce qu’elle montre.
La liturgie
traditionnelle exprime le mystère de l’eucharistie. Elle exprime le
renouvellement non sanglant du sacrifice de la croix. Elle oriente notre âme
vers Dieu et témoigne de notre adoration envers sa présence réelle. Tous les
gestes toutes les cérémonies sont orientées vers ce but. L’orientation de
l’autel, les gestes d’adoration, le mystère et le silence sacré qui entourent
la consécration, la langue sacrée, la distinction entre l’action du prêtre et
celle des fidèles, les prières de la consécration qui ne sont pas un récit mais
une action (en effet à la consécration le ton change : ici le prêtre ne supplie
pas, il agit in persona Christi.). Tous ces aspects manifestent bien le
caractère sacré de la messe, qui comme le déclarait le pape Jean Paul II dans la
lettre aux évêques pour le Jeudi Saint 1980 " n’est pas une ajoute
de l’homme à l’action du Christ au cénacle…mais une sacralité institué par Lui (par
le Christ) "
Le latin est
la langue universelle : " La langue de l’Eglise doit non seulement être
universelle mais immuable. Si en effet les vérités de l’Eglise catholique
étaient confiées à certaines ou à plusieurs langues humaines changeantes dont
aucune ne fait davantage autorité sur une autre, il résulterait une telle
variété que le sens de ces vérités ne serait ni suffisamment clair ni
suffisamment précis pour tout le monde. " Jean XXIII, Veterum
Sapientiae. (Un exemple prouvera ceci : consubstantialem Patri est
parfois traduit de même nature que le Père ce qui est une grave
déficience par rapport à la précision du latin.)
L’orientation
de l’autel est d’une grande importance, l’assemblée se tourne vers Celui auquel
le sacrifice est destiné. En mettant l’autel face au peuple, l’assemblée se
renferme sur elle-même. De plus l’orientation traditionnelle permet mieux de
saisir l’aspect théocentrique de la messe. " Nous nous sommes tellement
tournés vers l’assemblée que nous avons oublié de nous tourner ensemble,
peuples et ministres, vers Dieu ! Or sans cette orientation essentielle, la
célébration n’a plus aucun sens chrétien. " Cardinal Decourtray, 23
AVRIL 1992.
Le silence
est quant à lui, l’expression la plus belle de notre adoration envers le Dieu
qui descend sur nos autels. Il est de plus très expressif du mystère qui se
réalise. Le silence accompagne le mystère : " La virginité de Marie, son
enfantement et la mort du Seigneur sont trois mystères éclatants que Dieu opéra
dans le silence. " St Ignace d’Antioche, Ephésiens, 19/1. Le
silence au moment du canon est ce qui favorise le mieux une participation
vraiment profonde, personnelle et intérieure au mystère de l’autel. " La
proclamation du canon à haute voix appelle à grands cris des variétés à
laquelle la multiplication des prières eucharistiques, si grande soit-elle, ne
saurait suffire…La variété elle aussi devient à la longue ennuyeuse "
Cardinal Ratzinger, La célébration de la Foi 1984
" La liturgie n’est pas un show, un spectacle qui
ait besoin de metteurs en scène géniaux, ni d’acteur de talent. La liturgie ne
vit pas de surprises sympathiques, de trouvailles captivantes mais de répétitions
solennelles. Elle ne doit pas exprimer l’actualité et ce qu’elle a d’éphémère,
mais le mystère du sacré "
Cardinal Ratzinger, Entretien sur la foi
M.l'abbé Robine ( FSSP)
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